Edito 258-259 : Changer

P&P 258-259Nous changeons, les individus, les rapports humains, le monde tout entier est en perpétuel changement. La vie est mouvement. Nous ne viendrons donc pas dire ici qu’il ne faut rien modifier, ni de la psychiatrie, ni du regard sur l’autisme et sur les personnes qui sont atteintes de troubles de ce type, ni sur les façons de prendre en charge la souffrance psychique.

 

Oui, les changements peuvent être bénéfiques à l’évolution de tout un chacun, des groupes humains comme de la société, pourtant tous ne sont pas des progrès. Quand ils sont mus par les seuls besoins économiques, des rationalisations à outrance, des considérations purement techniques ces changements peuvent être très destructeurs et néfastes. C’est aussi le cas lorsqu’ils ne correspondent pas au désir des personnes.

 

Est-il besoin de rappeler les nouveaux modèles managériaux aux conséquences calamiteuses dans de nombreuses entreprises, comme ce fut notoirement le cas à France Télécom ou IBM, pour ne citer que celles-là.

 

Ce qui motive le changement peut être tout à fait louable mais sa mise en oeuvre irrespectueuse de la dignité humaine. Des décisions sont prises sans recul et l’on s’étonne que leurs résultats ne soient pas ceux attendus. Des réformes ne sont pas effectuées avec l’ampleur nécessaire et ratent alors leur but. Pour qu’un changement soit profitable, il est indispensable que ses instigateurs aient pris le temps de bien étudier les différents aspects de la situation et il est nécessaire que leur projet constitue une réelle évolution pour les personnes concernées.

 

Il n’en va pas ainsi des changements qui se profilent dans les domaines de la psychiatrie, la santé mentale, le handicap psychique, l’éducation, la justice et le vaste secteur médico-social.

 

Un premier mouvement a déjà eu lieu, concernant la façon dont on désigne ceux dont il est question : ils ne sont plus des personnes atteintes de maladie psychiatrique ou avec un problème de santé mentale mais porteur d’un handicap psychique. Cette nouvelle désignation de l’autre n’est pas neutre, elle induit même de grandes conséquences : va-t-on soigner cet autre, prendre soin de lui ou compenser son handicap afin de procéder à son inclusion ? Et sera-t-il moins stigmatisant d’être nommé personne porteuse de handicap plutôt que souffrante ou malade ?

 

Les psychologues, psychiatres, infirmiers et autres professionnels qui alertent face aux changements qu’on veut leur imposer ne les refusent pas en tant que tels : ils veulent être consultés et y contribuer. Forts de leur expérience auprès des personnes, malades psychiatriques, souffrant de problèmes de santé mentale ou psychiquement handicapées, et du lien qu’ils ont tissé avec celles-ci, ils revendiquent d’être parties prenantes, avec les patients eux-mêmes, des changements nécessaires afin que ces derniers soient menés dans le respect, non seulement des besoins mais aussi du désir de tous ceux qu’ils concernent.

 

Un premier changement indispensable est celui qui permettra un réel accès de chacun aux soins psychiques que ce soit en institution sanitaire, médico-psychologique ou en ville. Tous ceux qui repèrent une nécessité de ce type de soins pour eux-mêmes, un proche ou, dans leur pratique professionnelle, pour une personne qui s’adresse à eux, doivent pouvoir avoir accès -ou conseiller celui-ci- en première intention à un psychologue, un généraliste ou un psychiatre, selon le choix de la personne concernée. À charge pour ces professionnels de répondre directement ou d’adresser les consultants vers un autre soignant si cela est nécessaire.

 

Personnes souffrantes et praticiens avons besoin ici d’un changement de grande ampleur…


JACQUES BORGY, Sg
le 3 décembre 2018

 


 

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