Edito

[publié le 14/10/2016]

Edito 246 : Reconnus... Oui, mais !

Notre profession est reconnue par le public depuis pas mal de temps, elle l’est par la représentation nationale depuis maintenant quelques années et aujourd’hui, enfin, les instances gouvernementales y font appel.
Les parents, en souci pour leur enfant ou les patients ayant perçu que les soins ne peuvent se réduire à la prise en charge somatique ou médicamenteuse se tournent aisément vers les psychologues. Les personnes confrontées à des situations traumatiques ou par trop anxiogènes ne se résignent plus à penser simplement que ça va passer.
À l’occasion de l’examen des projets et propositions de lois, les députés et sénateurs réfléchissent régulièrement à la pertinence de la place des psychologues dans les divers champs sociétaux, santé, éducation, justice, travail, etc. L’adoption de la loi de modernisation de notre système de santé a permis, grâce à l’engagement de plusieurs députés, que soit enfin reconnue aux psychologues, aux côtés des généralistes et des établissements, une place d’acteurs de la mise en oeuvre de la politique de santé mentale1.
Le gouvernement estime nécessaire la présence de psychologues en plus grand nombre à la Protection judiciaire de la jeunesse ainsi que la mise en place de réseaux de psychologues aptes à prendre en charge les personnes en danger de radicalisation, déjà radicalisées ou même de retour de pays en guerre ainsi que leurs familles durement affectées. La ministre de l’Éducation nationale crée le corps des psychologues de l’EN avec pour mission la prise en charge globale des enfants en souffrance psychique et pas seulement avec des objectifs éducatifs ou d’orientation.
La Chancellerie, enfin, revalorise le travail des experts en augmentant significativement le tarif des expertises psychologiques.

 

Malgré ces avancées, obtenues à force d’actions syndicales, nous sommes inquiets !

En effet, notre déontologie n’est toujours pas légalisée et notre reconnaissance n’est pas exempte d’un grand risque d’instrumentalisation de nos missions, y compris à l’occasion des avancées actuelles.
Les décrets, arrêtés, circulaires ou règlements semblent s’accommoder assez difficilement de notre autonomie professionnelle, pourtant si nécessaire, eu égard à l’individualité de chaque sujet.
Nos rémunérations, tant dans le secteur public, qu’associatif ou privé à but lucratif, restent très en dessous de la valeur de nos prestations. De nombreuses directions d’établissements estiment encore et toujours que le temps passé en formation, information ou recherche est un manque à gagner pour l’institution, sans vouloir comprendre le caractère indispensable de la réflexion et de la dimension éthique qui sous-tend l’action du psychologue auprès du consultant.
Si la reconnaissance actuelle de notre profession nous réjouit, elle nous incite à une vigilance accrue face aux risques d’un système normatif. Nous devons rester très mobilisés. En effet, un important combat syndical est nécessaire pour que les avancées politiques indéniables ne restent pas voeux pieux, lettres mortes ou, pire, l’occasion d’une instrumentalisation de nos missions !
Si nous voulons rester une profession à part entière et ne pas être dilués et engloutis dans le maelström des intervenants du bien-être et des services à la personne, ce combat doit être celui de tous les psychologues.
Cette volonté me semble aujourd’hui, quasiment partagée par tous, au-delà des divisions anciennes. Je souhaite donc que les organisations nationales de psychologues se réunissent dans une action commune pour la porter ensemble et assurer un avenir déontologiquement étayé à notre profession.

 

JACQUES BORGY, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL

Septembre 2016

 

1 Article L3221-1 du Code de la santé publique, modifié par la loi n°2016-41 du 26 janvier 2016 - art. 69 (V).

 


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