Edito

[publié le 08/12/2015]

Edito 241:Etre psychologue

Exercer la profession de psychologue c’est aimer les êtres humains et la vie psychique, c’est aussi combattre l’inhumanité et la barbarie telle qu’elles ont été vécues et ressenties ce 13 novembre lors des attentats parisiens.

Être dans la relation, être sensible aux difficultés humaines et sociales, être dans la rencontre :
notre profession est passionnante. Mettre en œuvre des consultations, des thérapies, des groupes à médiations, des bilans de compétences, des évaluations, des formations, des analyses institutionnelles : la vie professionnelle du psychologue est variée. Se former continûment, échanger avec ses pairs, avoir une réflexion théorique, soutenir sa pensée pour étayer celle des personnes prise en charge : l’exercice du psychologue nécessite beaucoup de temps annexe au travail direct. Partager sa pratique, écrire sur celle-ci, la conceptualiser et l’analyser est vivifiant.

Tout ceci est parfois vilipendé, mis à mal, et même détruit par les nouvelles gouvernances managériales. Les collègues qui en font les frais sont alors le plus souvent révoltés voire déprimés. En proie à un immense sentiment d’impuissance face à une machine technocratique implacable et seulement soucieuse d’efficience comptable, ils sont parfois conduits à un repli identitaire face aux multiples attaques.

De nombreux psychologues mettent alors leur énergie essentiellement dans leur travail et dans les nombreuses formations qui leur permettent de l’étayer. Cette attitude a un caractère défensif compréhensible. Elle permet de sauvegarder l’amour de son travail et les relations humaines qui le sous-tendent. Elle est souvent nécessaire pour réussir à faire face individuellement à l’adversité vécue au quotidien. Elle est même essentielle pour rester capable de continuer à recevoir, entendre, comprendre et élaborer les souffrances psychologiques qui nous sont confiées.

Mais, et dans le même temps, ce repli peut conduire à minimiser l’appartenance à une profession porteuse d’idéaux éthiques, déontologiques et professionnels. Il laisse de côté l’importance de la référence professionnelle collective. Dans la solitude de l’exercice attaqué, les références ne sont souvent plus là que dans un ressassement d’un temps où le travail aurait été possible et les jours meilleurs.

Or, si notre pratique existe aujourd’hui, nous le devons aux combats qui ont permis, depuis l’émergence de la psychologie dans les divers champs sociétaux, que la profession soit progressivement reconnue – niveau de formation, protection du titre, définitions de fonctions, etc., et aujourd’hui reconnaissance de l’action des psychologues dans la mise en œuvre de la politique de santé mentale consacrée dans la loi de modernisation de notre système de santé par le parlement.

La défense de la profession et, a fortiori, l’adhésion et la participation aux organisations comme le SNP ne sont pourtant pas suffisamment perçues par les psychologues comme indispensables. Les mobilisations, se font essentiellement sur des mouvements ponctuels, au risque de rendre la profession moins visible aux regards de la société et des pouvoirs publics.

Les psychologues seraient ainsi comme des amoureux qui voudraient vivre leur amour sans se soucier de la mise en œuvre des conditions nécessaires à son épanouissement et à son existence même et qui en seraient réduits, dans un mouvement mélancolique, à se plaindre sans cesse des empêchements subis.

Jacques Borgy,

 


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