Edito

[publié le 06/12/2016]

Edito 247 : Hic et nunc

Catalogues de bonnes pratiques, protocoles et kits divers sont souvent la gangrène des prises en charge éducatives, sanitaires, psychologiques ou sociales. S’y ajoutent, ces dernières semaines, la proposition de résolution n°4134 du député Daniel Fasquelle et al. visant à interdire certains types de soins psychiques et les propos du docteur Éric Henry dénigrant les psychologues dans un communiqué du Syndicat des médecins libéraux (Sml) du 24/10/16.

 

Nous ne nous laisserons pas duper par ces concepts novlangue présentés comme a‑théoriques et qui véhiculent en fait une ingénierie opératoire vide de pensée et d’émotion tout entière référée à une vision mécaniciste de l’humain. Nous savons en effet combien la souffrance ne se réduit ni ne se résume à des neurotransmissions défaillantes mais que souvent priment le psychisme et les affects. Même si la neurologie et la neuropsychologie sont tout à fait nécessaires, elles ne rendent pas la position clinique ou la psychopathologie inutiles. Des neurologues et des psychologues-neuropsychologues sont souvent les premiers à l’affirmer !

 

Quand le député Fasquelle réclame à cor et à cris l’interdiction des pratiques psychanalytiques ou que le docteur Henry s’offusque que l’on puisse confier directement des jeunes à des psychologues, ils méconnaissent, l’un autant que l’autre, la réalité humaine, le soin psychique et le travail des psychologues.

 

Oui, Monsieur le député, votre volonté de dicter aux soignants votre conception des bonnes pratiques est nulle et non avenue car elle oublie que la position soignante nécessite, comme le dit le sociologue Florent Champy, une pratique prudentielle, i.e. adaptée à chaque personne, une écoute hic et nunc, ici et maintenant, qui ne peut se satisfaire de protocoles ni de kits prêts à utiliser.

 

Oui, Docteur Henry, forts de leurs compétences et de leurs savoirs en psychologie et, pour les cliniciens, en psychopathologie clinique, les psychologues savent poser le diagnostic nécessaire au choix du type d’accompagnement ou de soin qu’ils mettront en œuvre. Ce n’est pas parce que vous, médecin, avez des compétences en médecine que nous, psychologues, n’en avons pas en psychologie et en psychopathologie.

 

Les ministres de la Santé et de l’Éducation nationale ont, elles, compris, comme le disait Najat Vallaud-Belkacem aux journées de l’Union nationale des maisons des adolescents, que « l’esprit, comme le corps ne se résument pas aisément et que les dimensions qu’ils impliquent sont nombreuses : physiologiques, psychologiques, émotionnelles, sociales ». La première a donc proposé que les psychologues, dans la suite du vote de l’article 69 de la loi de modernisation de notre système de santé, aient plus de place dans la prévention des pathologies psychiques et la seconde a institué un corps des psychologues de l’Éducation nationale chargés de la prévention et de l’accompagnement auprès des enfants et adolescents scolarisés.

 

Les parlementaires ne se sont pas laissés abuser par ceux qui refusaient le remboursement des consultations auprès des psychologues. Ils en ont voté l’expérimentation, proposée par l’article 40 du Projet de loi de financement de la sécurité sociale (Plfss).

 

Hic et nunc, les psychologues sont là où sont ceux qui souffrent psychiquement. C’est pourquoi le Snp milite, depuis sa création, pour un accès facilité aux psychologues, directement et en première intention. Il espère donc que cet article 40 du Plfss permettra enfin, à terme, un accès libre pour tous aux soins psychologiques, aux côtés des soins psychiatriques et médicaux, dans une pluridisciplinarité et une complémentarité sans dépendance des uns par rapport aux autres.

 

Jacques Borgy, Sg.

Ce 27 novembre 2016

 

 


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