Edito

[publié le 08/07/2016]

Edito 245 : Sus à la violence sous couvert d'angélisme !

NOUVEAU CONGRÈS, NOUVEAU DÉPART

Trois jours de débats ont permis des réflexions et des votes dégageant des orientations claires pour la mandature à venir ainsi que des interrogations fortes. Celles-ci se travailleront autour de nos fonctionnements internes et selon nos capacités de rassemblement et de cohésion. Pas d’angélisme, si ce Congrès fut convivial et efficace il fit aussi preuve d’insuffisances qu’il nous faut prendre en compte.
Un secrétaire général qui rempile aux côtés de deux sortants et de trois entrants. Le Congrès a choisi la continuité et la possibilité de nouveauté. Cela signifie surtout du travail, yakafokon n’y suffira pas !

 

SERAFIN-PH OU L’ANNONCE DU PIRE

Le Secrétariat d’État chargée des Personnes handicapées et de la lutte contre les exclusions nous avait déjà habitué à la pensée unique avec la circulaire « autisme » interdisant de fait certains types d’accompagnement thérapeutique. Avec la mise en place progressive des protocoles Serafin-PH, c’est le discours et le vocabulaire qui vont devoir être unifiés. Comme le Dsm, ces nomenclatures des besoins et des prestations se drapent d’a-théorisme et de scientisme mais constituent en fait une instrumentalisation des professionnels au service de personnes dont la subjectivité est évacuée au profit d’une vision mécaniste du fonctionnement psychique réduit
à des capacités de cognition, de relation, de comportement. Ce Serafin n’a rien d’angélique et son appui sur de soi-disant bonnes pratiques n’est, en fait, qu’une normalisation de plus. Nous l’avons déjà dit à Madame Ségolène Neuville et nous ne cesserons de le rappeler : il est intolérable que l’État dicte aux professionnels leurs pratiques. L’encadrement des professionnels libéraux d’exercice prudentiel – i.e. adapté à chaque personne – que sont, entre autres, les psychologues et les médecins, ne peut que se référer à une déontologie.


RAPPORT DU CONTRÔLEUR GÉNÉRAL DES LIEUX DE PRIVATION DE LIBERTÉ (CGLPL)

Il ne suffira pas que Adeline Hazan, Contrôleur général des lieux de privation de liberté, publie un ouvrage sur ses constations faites lors des visites des hôpitaux psychiatriques pour que cessent les enfermements abusifs et les contentions inutiles aux soins psychiatriques. Là aussi ne croyons pas qu’il suffirait d’ouvrir les portes des services ou de laisser aller et venir tous les malades pour qu’enfin le soin retrouve toute sa place. C’est bien parce que l’abrasion du symptôme a été mise au centre du propos que le soin n’est plus possible. L’existence du Cglpl est une réelle avancée démocratique – et sa liberté d’action indispensable – mais les réponses données ne serviront à rien si elles ne produisent que nouveaux protocoles et registres de bonnes pratiques vides d’humanité.


DES PSYCHOLOGUES ACTEURS

Les psychologues ne seront jamais des partenaires soumis au pouvoir. Leur mission ne pourra jamais se satisfaire d’une instrumentalisation de leur travail et de leurs compétences qui conduirait à la négation du sujet dans les prises en charge des personnes.
Nous avons obtenu à force de combats militants l’inscription des psychologues comme acteurs de la mise en oeuvre de la politique de santé mentale dans le Code de la santé publique. Pour que celle-ci ne soit pas qu’un mot vide de sens, saisissons-nous de cette place nouvelle pour faire entendre notre positionnement professionnel en faveur du sujet, de la pensée et de l’humanité, contre toutes les dictatures conceptuelles !

 

JACQUES BORGY, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL

Juin 2016

 


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