Edito

[publié le 22/04/2016]

Edito 243-244 : Violences

Couverture P&P 243-244Attentats, radicalisation, contention… La violence est là, présente, crainte, combattue ou instituée, chaque fois différente mais toujours destructrice du sujet.

 

Face à elle, chacun est démuni, inquiet ou en attente de protection. Les victimes d’attentats ou de violences familiales comme les membres des forces de l’ordre la subissent et doivent y faire face.Les familles en proie à la radicalisation djihadiste violente d’un de leurs membres doivent l’affronter et tenter d’en comprendre la survenue.Les patients soignés contre leur consentement, maintenus à l’isolement ou sous contention mécanique la vivent dans tout leur être. Les soignants en psychiatrie la côtoient quotidiennement et la peur et le souvenir de soignants agressés sont souvent très présents...

 

Le législateur œuvre régulièrement au contrôle et à la réduction de cette violence, les textes de loi en sont les témoins et les garants. Renforcement de la lutte contre la radicalisation violente ou désignation de la contention et du placement en chambre d’isolement comme des pratiques de dernier recours montrent, dans des domaines très différents, l’évolution de notre société sur ce point. Le récent rapport critique sur un hôpital psychiatrique publié par la Contrôleur général des lieux de privation de liberté est là pour rappeler la nécessité de ne pas être générateur de violences dans les centres hospitaliers spécialisés.

 

Contenir la violence, la pénaliser, la déclarer illégitime imposent de la penser.

 

C’est toujours lorsque l’humain est décontenancé, au point que la parole fait défaut ou qu’elle n’a plus cours, que la violence devient comme indispensable au sujet ou qu’elle lui apparaît comme une possible réponse à son mal-être. Contenir n’est alors qu’un préalable nécessaire dans l’urgence mais jamais suffisant à la restauration d’une personne déstructurée par la violence subie, vécue, ressentie ou infligée.

 

Les victimes de violence ont besoin d’être écoutées, de retrouver une contenance d’elles-mêmes et de recouvrer un narcissisme détruit par l’agression subie. Les personnes qui ont abandonné leur identité à une cause violente djihadiste doivent pouvoir retrouver une dignité perdue dans l’hypnotisation du passage à l’acte violent. Les patients en proie à une agitation incontrôlée, auto ou hétéro-agressive ont besoin d’une écoute de l’étrangeté qui les envahit et les rend littéralement aliénés. Ceux qui sont à la manœuvre dans l’action nécessaire à la contention de la violence comme les soignants qui tentent de protéger le patient contre lui-même ou de l’empêcher de nuire à autrui dans des moments de crises clastiques doivent être reconnus et entourés psychologiquement afin de pouvoir rester soignants même dans les situations extrêmes.

 

Attentats, radicalisation, contention… Ne laissons pas la violence tuer la pensée. Contribuons à redonner une chance au sujet de retrouver son altérité dans le respect de soi et de l’autre. Veillons à ce que la protection nécessaire de chacun contre la violence d’autrui n’induise pas un retournement d’une violence pire encore.

 

Spécialistes du psychisme, de son fonctionnement, de ses maux, professionnels de l’écoute clinique du sujet, nos compétences et responsabilités professionnelles de psychologues nous y engagent !

 

JACQUES BORGY, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL

Avril 2016

 


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