P&P n°246 : Nous ne pouvons nous taire... (oct 2016)

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Nous ne pouvons nous taire... C’était le leitmotiv à la fin d’une journée de travail.

Il nous fallait faire écho à ces mots, ces témoignages, ces analyses qui s’étaient égrenés, dessinant un panorama complexe des multiples situations vécues, assumées ou subies par nos collègues dans leurs investissements syndicaux, dans leur activité professionnelle ainsi que dans le paysage actuel, social et politique.

Une gageure !… Plusieurs ont relevé le défi et se sont mis à l’écriture.

Tous nous renvoient à une éthique personnelle en même temps qu’à notre responsabilité collective. Certains nous proposent une vision politique de l’évolution de la pratique professionnelle. D’autres insistent sur notre humanité à préserver et à reconnaitre en chacun de nous.

Quatre auteurs, rompus à la veille syndicale, nous livrent leur analyse d’un combat syndical qui se mène sur des fronts aussi différents que la Fonction publique hospitalière, l’Education nationale, la Protection de la Jeunesse et s’agissant du libéral, les directives européennes.

Ainsi, au terme de l’expérimentation préconisée par le ministère dans le milieu hospitalier pour la structuration de la profession, Pierre Soustre tente de comprendre ce refus de toute hiérarchie depuis cinquante ans dans  le corps des psychologues. Il interroge le devenir d’une collégialité idéalisée sans structure hiérarchique et conclut à la nécessité d’une consistance institutionnelle pour espérer que la profession puisse se pérenniser et évoluer.

Dans l’attente d’un dossier que coordonneront bientôt les collègues de l’Education nationale, voici, avec Annie Combet, l’évocation des victoires et des luttes encore à mener. Nous voyons là des militants vigilants  dépenser toute leur énergie pour la constitution de ce même corps au sein de l’Education nationale attendu depuis si longtemps. Nous percevons également la force de proposition que peut constituer le syndicat auprès des ministères et administrations.

Voici aussi un panorama des actions du SNP en Protection judiciaire de la jeunesse. Celle-ci est très sollicitée dans le cadre des luttes contre la radicalisation. Martine Ravineau y perçoit une chance, à travers la création de dizaines de postes, mais sait aussi le risque de voir instrumentaliser un peu plus ses collègues. Elle le déplore et en analyse les conséquences sur leur pratique.

Jean-Michel Ballester expose très clairement l’impact des directives européennes sur le travail en libéral. La directive Bolkeinstein pourrait menacer l’indépendance des professions libérales. L’article sur les qualifications professionnelles risque d’impacter la reconnaissance des titres de psychologues étrangers. Au delà de ces points négatifs dont notre collègue nous fait prendre conscience, il en est de positifs. l’UNAPL peut nous aider à les exploiter.

Avec les trois auteurs suivants au coeur de la pratique institutionnelle, nous percevons les conséquences de la politique sur la clinique. En quoi celle-ci peut-elle être bloquée par les décisions administratives et/ou gestionnaires ?

Patrick Galopin se demande si on veut détruire les psychologues en Fonction publique territoriale ? ou s’ils se détruisent eux-mêmes ? Le management, les politiques budgétaires, le libéralisme menacent leur position entre commande et évaluation et bien des collègues se trouvent malmenés dans la mise en oeuvre de leur fonction clinique et leur mission de protection de l’enfant. La sagesse de l’auteur est sans doute de constater tous ces risques et d’interroger les fragilités et parfois les incohérences des psychologues, d’où un appel à assumer leur responsabilité et à « résister solidairement aux effets d’une mise en compétition programmée ? »

« L’avenir est aux jeunes » mais aussi à tous ceux qui oeuvrent en Mission Locale clame Céline Zadigue. Nous sommes le lieu où peut se déployer une parole, un dire sur soi qui parfois n’a été possible nulle part ailleurs. Une fois encore à travers les nouveaux textes sur la Loi santé et la Loi travail se pose l’injonction pour le psychologue, d’en rabattre et d’écouter favorablement l’invite à la soumission. Il n’en est pas question ! Notre collègue nous propose de réfléchir, rêver, repréciser ce que représente l’accompagnement d’un jeune à la vie professionnelle, et nous enjoint à ne pas nous soumettre !

Contrat d’objectif au mépris d’une pratique individualisée, nous aurions pu intituler ainsi le texte d’Anne Boquého. Confrontée aux exigences de sa clinique, de son respect du sujet mais passée sous les fourches  caudines de pratiques institutionnelles imposées, elle expose les difficultés quotidiennement vécues par des collègues dans la prise en charge d’enfants autistes. Mais ne nous trompons pas. Cette situation se rencontre dans n’importe quelle institution ! Le mérite de l’auteur est d’avoir su traiter cette épineuse question en évitant aussi bien un humour malvenu, la dérision que l’amertume. Elle nous invite à poursuivre un travail de décodage de situation, de facilitation de la parole et de lutte contre le morcellement des prises en charge. Tout cela pour déjouer cette injonction à réussir, vouée à l’échec, imposée à l’équipe comme aux enfants dont elle a la charge.

Avec le dernier article ce n’est plus le cadre qui est interrogé mais la parole du psychologue sur un sujet d’une brûlante actualité : comment parler du terroriste ?

« Notre discours se doit, aussi difficile que ce soit, de comprendre comment l’acte meurtrier, sauvage, monstrueux, devient subjectivement possible » écrit Jean-Louis Pedinielli. Au-delà des assertions politiques et médiatiques, l’auteur se réfère à l’histoire de la discipline, de la psychiatrie et de la criminologie : pour décrire le criminel inhabituel, on a abandonné le terme de monstre pour parler de folie ou d’anormalité qui l’ont humanisé. Nous assistons actuellement à un retour vers la  figure du monstre et à son in-humanisation et nous sommes alors pris dans un déni du psychologique et du subjectif. Il est difficile d’en comprendre quelque chose, sinon à travers l’interrogation éthique que pose Jean-Louis Pedinielli à partir de l’exposé du procès de Douch qui lève un voile sur l’humanité du bourreau.

Marie-France Jacqmin