Revue de presse : Les psychologues de la FPH sont-ils des professionnels oubliés?

Article publié le 01/05/2013 sur www.hospimedia.fr et reproduit avec son aimable autorisation.

Le fait

Psychologues des hôpitaux, des établissements sociaux et médico-sociaux, leurs missions relèvent d’un statut particulier, un cadre juridique spécifique qui, aujourd’hui, ne garantit pas l’indépendance de la profession. Tour d’horizon sur les enjeux de l’évolution de la formation.

L’analyse

Les psychologues exercent au sein de la Fonction publique hospitalière (FPH) une activité psychique indépendante du champ médical. S’ils accompagnent la prise en charge de la douleur des patients, ils ne peuvent en aucun cas, compte tenu de leur intervention, être subordonnés à la hiérarchie médicale, c’est-à-dire aux professionnels de santé avec lesquels ils travaillent en collaboration. Néanmoins, les psychologues affectés à un pôle médical peuvent, selon la loi HPST, être placés sous l’autorité fonctionnelle du médecin chef de pôle. D’autre part, au niveau institutionnel, la dimension psychologique des usagers au sein de l’hôpital n’est pas garantie. L’évolution du statut de la profession telle que le réclame le Syndicat national des psychologues (SNP), passe d’abord par une réforme des pratiques universitaires de la formation. Des revendications syndicales et associatives se mobilisent davantage pour se faire entendre.

Une formation tirée vers le bas

La réforme Licence-master-doctorat (LMD) des études en psychologie n’est pas adaptée à l’article 44 de la loi du 25 juillet 1985, exprime le SNP. Cette loi donnant accès au titre de psychologue reconnaît une formation de « haut niveau » relative à un 3e cycle universitaire. Le Diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) répondait en adéquation avec cette loi. Aujourd’hui, « le titre est moins valorisé », déclare à Hospimedia Guillaume Lugez, membre de la commission FPH du SNP, ajoutant « la nécessité de mettre en place un doctorat professionnel pour maintenir une formation de 3e cycle ». La formation doit, selon le syndicaliste, s’adapter aux besoins actuels de la profession. En outre, un internat de spécialité inclus au doctorat professionnel permettrait aux étudiants de bénéficier d’une alternance alliant la théorie à la pratique.

Autre constat du syndicat : l’instauration du numerus clausus actuellement à la fin du master 1 est responsable en partie des difficultés d’insertion des diplômés. « Trop d’étudiants arrivent en 4e, 5e ou 6e années d’études et ne peuvent accéder au niveau master 2 sans autre débouché », explique Guillaume Lugez. D’autant plus qu’à l’issue du diplôme, peu d’offres d’emplois sont proposées ce qui écarte davantage les possibilités de trouver un emploi stable à temps plein. D’autre part, certains étudiants souhaitent obtenir un niveau suffisant, c’est-à-dire la licence, pour préparer des concours. Pour pallier cette sélection tardive, le numerus clausus devrait être instauré en fin de licence « afin de séparer les étudiants souhaitant exercer le métier de psychologue des autres », indique le syndicaliste.

Pour l’heure, les négociations avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche et la Direction générale pour l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle (DGESIP) se poursuivent.

Un statut juridique complexe

La formation telle qu’elle est enseignée actuellement n’est pas adaptée à la réalité du terrain, exprime également le SNP. Pourtant, l’offre de soins ne cesse d’augmenter. Les circulaires de la DGOS datées du 30 avril et du 26 novembre 2012 favorisent d’ailleurs la création de services de psychologie dans les hôpitaux (lire notre sujet du 13/12/2012). L’objectif de cette structuration, est-il précisé, « est de faire reconnaître la place de la psychologie dans les structures sanitaires, sociales et médico-sociales et son apport à la prise en charge globale des patients ». Encore au stade de l’expérimentation, cette démarche se rapproche « d’une véritable filière psychologique au sein des établissements hospitaliers », souligne Guillaume Lugez. Selon le syndicat, l’évolution du statut de la profession doit passer par une structuration de son organisation au sein des établissements de santé. Le psychologue responsable de la structure devra bénéficier de la délégation fonctionnelle nécessaire à son intervention, notamment en cas de recrutement.

Par ailleurs, ces circulaires ne mentionnent pas la participation des psychologues aux instances telles que la Commission médicale d’établissement (CME), le conseil de surveillance ou encore le directoire. « Nous sommes très souvent exclus des réunions hospitalières », déclare à Hospimedia George Schopp, psychologue clinicien. Un sentiment de « mise à l’écart » du fait même de la dimension psychique non prise en compte dans le discours médical. D’autre part, le SNP relève dans sa commission du 25 mars dernier, des abus au niveau des recrutements. Les postes vacants ne sont pas souvent communiqués aux ARS alors qu’il s’agit pourtant d’une obligation légale. Autre constat : près de 60% des psychologues de la FPH sont des contractuels. Nettement moins rémunérés que les titulaires, ils représentent un bénéfice sur le plan financier.

Vers une revalorisation salariale

Les représentants de la profession membres de l’UFMICT CGT dénoncent, dans un communiqué, « un salaire qui n’a pas été revalorisé depuis plus de vingt ans ». Ils réclament une reconnaissance salariale en adéquation avec la qualification et les responsabilités de la profession. « Les psychologues débutent avec un salaire de 1 600 euros brut pour un bac +5 », tempête Guillaume Lugez. Ils revendiquent entre autres un début de carrière au 8e échelon à 2 450 euros brut. « Aujourd’hui, un psychologue débute au même salaire que d’autres professionnels de niveau licence tandis qu’il termine très en dessous de certaines professions dont le niveau de qualification est équivalent », est-il indiqué. Les psychologues exerçant à temps partiel vivent « en dessous du seuil de pauvreté ». Plus de 6 300 signataires font part de leurs revendications au travers d’une pétition.

Des assemblées générales sont également organisées au niveau régional pour réunir l’ensemble de la profession autour de ces problématiques. S’ils étaient environ 300 à participer le 8 février dernier à la journée organisée par la Fédération française des psychologues et de psychologie (FFPP) à Lille, ils étaient beaucoup moins nombreux à la réunion du 5 avril à la bourse du travail à Paris. D’autres mobilisations devant les ARS vont avoir lieu, annonce à Hospimedia la CGT Santé et Action sociale. Et une grève nationale des psychologues est programmée au 28 mai prochain avec notamment, la remise de la pétition au ministère des Finances.

Lina Tchalabi

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