Un comité scientifique pour la «réussite scolaire»: une vision bien réductrice de l’élève !

Un comité scientifique vient d'être formé par Jean-Michel Blanquer ministre de l’Éducation Nationale, qui prétend ainsi réussir là où tous les autres ont échoué, à savoir venir à bout de l'échec scolaire. Ce comité se compose essentiellement de neuropsychologues, de cognitivistes, et se référera aux neurosciences.

 

Les neurosciences confirment généralement les théories psychanalytiques, entre autre les théories qui se rattachent à la nécessité pour l'enfant d'éprouver un sentiment de sécurité interne suffisant pour apprendre, les théories en lien avec l'attachement, les théories en lien avec le traumatisme et ses conséquences, les traces et profondes modifications qu'il peut laisser au plus profond de nos cellules, dans notre génome.
Cependant, des représentations quant à l’Éducation des enfants/élèves, émanant des neurosciences et de la psychologie clinique, elle-même issue de la psychanalyse sont bien différentes.
Pour les neuropsychologues et cognitivistes qui composent ce comité scientifique, il s'agira donc essentiellement de renforcer les remédiations cognitives ainsi que les méthodes réeducatives, déjà nombreuses dans la prise en charge de plus en plus médicalisée de la difficulté scolaire.
Mais point de psychologues cliniciens dans la composition de ce comité, voilà qui interroge !

 

Nul doute que la remédiation cognitive ou les diverses méthodes réeducatives puissent être opérantes pour ces enfants en difficulté face aux apprentissages, les effets étant aussi liés à ce qui se joue dans la relation entre l'enfant et les professionnels qui utilisent ces méthodes.
Cependant, tous ces dispositifs appliqués pour le bien des enfants, peuvent avoir la fâcheuse conséquence de masquer, voire de nier, la réalité psychique de l'enfant, sa place de sujet, sa capacité à être acteur de son devenir, non seulement professionnel, mais aussi son avenir de citoyen du monde, d'adulte émancipé et responsable.
Quid alors de ce que l'enfant tente d'exprimer ? Son mal-être , sa souffrance psychique, son impossibilité à entrer dans les apprentissages ?
Les troubles que l'on va diagnostiquer par le décorticage de ses symptômes le feront enfant « dys », voire « multi-dys » ; l'on parlera de troubles de l'attention, du langage oral, des apprentissages, mais on oubliera de se poser la question du sens du message que cet enfant envoie en direction des adultes, à l'école ou à la maison.
L'enfant va faire de son mieux pour se saisir des diverses remédiations qui vont lui être proposées ; et pourtant, il arrivera très souvent que le symptôme persiste, ou, si on le fait taire, que d'autres symptômes apparaissent, tant le refoulé ne saurait être empêché de faire retour.

 

La remédiation, le travail sur la mémoire, le langage, l'attention, les exercices rééducatifs, ne peuvent à eux seuls remettre de la pensée chez ces enfants en grande difficulté, pris dans des histoires familiales qui les font souffrir, où l'on rencontre l'interdit de savoir ou le rapport douloureux au savoir.
N’oublions pas qu’il existe un lien entre le savoir et le savoir sur soi ; le rapport au savoir des élèves est en lien avec leur histoire, avec le jeu des transmissions inconscientes, des identifications croisées et des projections parentales.
Combien d'enfants rencontrons-nous qui sont intelligents, ce que prouve non seulement leurs performances au test de QI, mais aussi les riches échanges que nous avons avec eux, et qui pourtant n' apprennent pas ?
Pour ces enfants empêchés d'apprendre, de grandir psychiquement, empêchés de devenir Sujets, la remédiation cognitive ne suffira pas.
Quelle place donnée à la pédagogie, aux médiations culturelles ?
Il nous faut aussi donner un espace de parole aux familles et aux enfants, mettre les histoires en sens, permettre de faire des liens, apaiser la souffrance psychique et redonner confiance là où la violence a généré le chaos, les désordres et les empiétements qui ont grevé le développement global de l'enfant. La clinique est indispensable à l'école, pour que ces enfants deviennent, redeviennent acteurs de leur scolarité, de leur vie, pour élaborer avec les équipes les situations, pour gérer la violence et les crises institutionnelles.
A l’heure où le nouveau corps de psychologues de l’éducation nationale vient d’être créé, il est temps de reconnaître et prendre en compte le rôle de ces psychologues au sein de l’école, aux côtés des équipes enseignantes et des familles.

 

Alors nous revient cette question et avec elle notre inquiétude pour l'avenir de l'école et de nos enfants : « Que penser de l'absence dans ce comité scientifique des psychologues cliniciens ? »

 

De quoi se défend Monsieur le Ministre en n'accordant pas de place à la réalité psychique de l'enfant ?
A quoi servira-t-il de colmater les blessures à l'aide de pansements si l'on refuse de nettoyer les plaies ? Nul doute alors que celles-ci continueront à suinter.
Comment pourra se dire la souffrance de ceux que l'on veut éduquer sans paroles ?

 

Il y a urgence à dépasser cette vision réductrice, normative et déshumanisante de l'Ecole. Il y a urgence à continuer à mettre de la pensée au cœur de l'Education.

 

Eliane Gamond,

Membre de la commission EN du SNP

 

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