Les enfants, l’école et le reconfinement

Depuis le retour des vacances de Toussaint,  l’école accueille les élèves dans le cadre d’un « reconfinement » des Français , annoncé le 29 octobre dernier par le Président de la République et décrété du fait d’une deuxième vague de COVID19 qui touche de nombreux pays.

            Les mesures sanitaires ont été renforcées pour pouvoir continuer à accueillir les élèves, gel hydroalcoolique, masques dès l’âge de 6 ans, désinfections fréquentes de locaux, de matériel, lavage de mains plusieurs fois par jour, à grand renfort de rouleaux d ‘essuie-mains jetables, restriction des activités à celles qui évitent le brassage de personnes….

            La mise en œuvre de ces mesures entraîne un surplus de travail pour les directeurs, un surplus de stress pour enseignants et élèves, avec des répercussions sur les apprentissages et le bien-être des élèves.

             Mais, quoi qu’il en coûte, les enfants doivent venir à l’école et les familles qui s’opposent   doivent prouver qu’elles assurent l’instruction de leurs enfants à la maison, enfants qui se trouvent de toute façon marginalisés puisqu’ils sont une infime minorité à rester chez eux, et sont donc séparés de leurs camarades. Les parents sont montrés du doigt et les enfants sont isolés !

            La mesure qui a entraîné le plus de réactions est celle qui oblige les enfants de 6 à 10 ans à porter un masque en permanence. Nombre de psychologues et de professionnels de santé se sont exprimés sur ce sujet.

            Pour certains, la confiance des enseignants et des parents dans la justesse de cette mesure peut faire que les enfants n’éprouvent pas de gêne et soient satisfaits de participer à l’effort collectif contre la covid 19.

            Pour d’autres, cette mesure suscite des craintes quant aux conséquences somato-psychiques qu’elle peut engendrer chez de si jeunes enfants. Des professionnels de santé craignent des conséquences sur l’oxygénation de l’organisme, particulièrement du cerveau, pour ces enfants en plein développement et donc encore fragiles de ce point de vue.

            Au plan psychologique, il est facile d’imaginer la complexification de la communication élève/enseignant, en particulier dans les petites classes où l’on apprend à lire. Pour les psychologues de l’EN, il est aussi parfois compliqué d’être dans une relation d’échange et de confiance face à ces enfants que l’on nous confie justement pour les aider à prendre confiance en eux. Dans les quartiers dit défavorisés, il est difficile de demander aux familles le respect de toute l’hygiène qui va avec le port du masque censé protéger de la COVID.  Le masque est enlevé et remis à maintes reprises, sale ou mouillé, et, comme le faisait remarquer une directrice, plus source d’infection que de protection.

             Nous avons demandé au ministre de l’éducation nationale des masques transparents qui laisseraient voir l’expression du visage ; à cette heure, nous ne les avons pas !

            Au fil des semaines, la vie à l’école s’est organisée avec ce fonctionnement. Les enseignants ont appris à évaluer les conditions qui permettent quelque tolérance pour réduire l’anxiété des enfants dans le respect des gestes barrières. Les inquiétudes, sans doute parfois les fantasmes nés de notre méconnaissance des effets du port du masque chez de jeunes enfants, se réduisent peu à peu. L’anxiété qui subsiste semble plutôt liée au fait que cette période troublée se prolonge, donnant l’impression que nous n’en verrons jamais la fin. Le soutien aux équipes est d’autant plus nécessaire de la part des psychologues de l’éducation nationale que la période de crise sanitaire est longue. De plus, nous voyons émerger lors de cette « deuxième vague » toutes les conséquences, pédagogiques  et psychologiques du premier confinement et  nous avons autant  à accueillir les souffrances psychiques qui en résultent qu’à travailler avec les équipes à la réduction de l’écart scolaire qui s’est creusé du fait de cette longue période de confinement.

            Ces constats ne font que confirmer la nécessité de la présence de plus de psychologues dans l’institution, afin qu’ils puissent remplir leurs missions de manière satisfaisante pour eux et pour tous ceux qui font appel à eux.

                                               Eliane Gamond, Commission Education nationale

Quelques articles sur le port du masque pour alimenter la réflexion sur le sujet :

1-un article de Candice Vacle, journaliste , qui a interviewé Patrick-Ange Raoult, 13 Novembre 2020.

https://reseauinternational.net/consequences-psychologiques-du-port-du-masque-chez-les-enfants-de-6-a-10-ans/

2-un article paru dans Libération le 1er Novembre 2020:

https://www.liberation.fr/debats/2020/11/01/port-du-masque-a-6-ans-avons-nous-perdu-l-age-de-raison_1804083

3-une tribune de Stanislas Dehane

19 Novembre Le Monde

« Le port du masque à l’école élémentaire entrave l’apprentissage des enfants » (lemonde.fr)

4- : Lettre ouverte du 10 novembre de 150 professionnels de santé 

Le port du masque dès 6 ans peut nuire gravement à la santé des enfants

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RAPPORT FAIT AU NOM DE LA COMMISSION D’ENQUÊTE

Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 16 décembre 2020.

Pour mesurer et prévenir les effets de la crise du covid-19 sur les enfants et la jeunesse

Présidente : Mme Sandrine Mörch, Rapporteure : Mme Marie-George Buffet, Députées.

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