Plateforme TND  : le SNP ne peut pas cautionner !

Plateforme TND : le SNP ne peut pas cautionner !

Depuis 2019, nous avons participé aux travaux auprès de Mme Delphine Corlay, Conseillère spéciale de la Délégation Autisme TND, au sujet des parcours de bilan et intervention précoce des enfants de moins de 7 ans présentant des troubles du neuro- développement. Nous avons régulièrement fait part de nos différends et des positionnements qui pour nous, constituent le cadre de travail nécessaire à la fois pour les usagers et les psychologues. Nous restons sensibles à l’intérêt qui est porté à notre profession et surtout à la reconnaissance des soins qu’apporte une prise en charge psychologique. Néanmoins, plusieurs points ne nous semblent pas réunis pour que cela soit en accord avec la profession et nous permettent de soutenir le projet du forfait TND.

Le Syndicat national des psychologues est défavorable à la prescription médicale et à l’absence de pluralité des approches, c’est une réelle incohérence avec l’autonomie technique et professionnelle du psychologue et verrouille complètement la possibilité du psychologue à s’ajuster au plus proche des besoins de l’enfant. Cela va à l’encontre de nos engagements déontologiques et interprofessionnels.

Nous regrettons le refus de l’ajout de l’expression « notamment » à l’article 2 « Notamment, elles s’appuient sur des thérapies cognitivocomportementales, de la remédiation neuropsychologique et cognitive et de la psychoéducation ». Par ce refus, est formulé très clairement le souhait de fermeture et une utilisation exclusive des approches cognitives et comportementales. Ce positionnement est difficilement compréhensible. La clinique rappelle en permanence la complexité humaine et son besoin de nuance sur l’état actuel des connaissances et plus particulièrement dans le domaine des sciences humaines et sociales. Les recommandations de la HAS (qui, nous le rappelons, ne sont que des recommandations), ne concernent ni le retard global de développement, ni le trouble du développement intellectuel, ni autres troubles hors autisme. Il nous apparait ainsi un abus de position dominante que notre syndicat ne peut soutenir au plan des pratiques du psychologue et du savoir scientifique. Il est toujours nécessaire d’ouvrir plus que de fermer, protéger n’est pas normaliser. Nous avons face à nous d’abord des enfants, dont on se doit d’être à l’écoute du développement psycho-affectif et cognitif en premier lieu. L’approche globale est une position éthique.

Le SNP a toujours soutenu l’ensemble des approches de la psychologie et la diversité des professionnels que nous représentons. Le syndicat défend la pluralité des approches pratiques en psychologie : psychologie cognitive et comportementale, neuropsychologie, psychologie du développement, psychologie clinique et psychopathologique….  L’arrêté induit un profond clivage entre les diverses approches psychothérapeutiques. Nous ne pouvons soutenir cela davantage auprès des psychologues de notre syndicat qui ont le souhait de la complémentarité, d’autant que cet arrêté s’intéresse à un ensemble de troubles qui est plus large que l’autisme.

Enfin, c’est aux parents et usagers de garder la liberté du choix des soignants et des méthodes pouvant aller de manière non exhaustive de la psychodynamique, en passant par la psychologie du développement ou encore des thérapies cognitives et comportementales. Il est ici nécessaire que le principe du libre choix, reste un principe fondamental, rappelé par la loi du 4 mars 2002 relative au droit des malades et à la qualité du système de santé et codifié à l’article L. 1110-8 du code de la santé publique : « Le droit du malade au libre choix de son praticien et de son établissement de santé est un principe fondamental de la législation sanitaire. »

Le SNP est défavorable à la prescription médicale et nous demandons une orientation vers un binôme entre les psychologues et médecins dans les différents parcours de soin, tel que défendu par Frank Bellivier, Délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie  La prescription n’existe pas dans les établissements hospitaliers ou le secteur médico-social, du médecin vers le psychologue. Cela fait des années que dans ces secteurs, les psychologues travaillent sans prescription mais en collaboration avec les médecins. C’est un binôme qui a fait ses preuves.

Nous reconnaissons qu’un effort a été fait au niveau des tarifs mais nous ne pouvons pas renier notre éthique et le cadre de travail de notre profession.

Les psychologues ont les compétences pour décider des stratégies thérapeutiques à établir et à en prendre la responsabilité. Nous ne pouvons laisser se reproduire ce qui se passe pour les CMPP de la région Nouvelle Aquitaine : Dans une question écrite à l’Assemblée nationale, Brahim Hammouche, psychiatre, membre de la majorité, attire l’attention du ministre de la Santé sur   « l’évolution surprenante des missions du centre médico-psychopédagogique (CMPP) de la Nouvelle-Aquitaine, telles qu’elles figurent dans le cahier des charges qui a été rédigé récemment par l’Agence régionale de santé de la Nouvelle-Aquitaine  :

Ce cahier des charges pose ainsi un certain nombre de problèmes tant sur le fond que sur la forme. Il est regrettable en effet que les professionnels travaillant dans les CMPP n’aient a priori pas été consultés avant leur rédaction et que leur mise en œuvre ait été fixée dans des délais très courts.(…) Certaines interrogations demeurent par exemple quant à l’injonction qui est faite de ne plus prendre en charge certains enfants et leurs familles dont les pathologies du comportement et des troubles émotionnels ou névrotiques sont qualifiées de « légères ».(…) L’existence aussi d’une dichotomie entre les troubles du neuro-développement (TND) et les autres pathologies, assortie de surcroît de l’attribution de la plupart des moyens financiers aux TND, interpelle. Il est en effet précisé que la majorité des enfants qui seront suivis devront relever des TND. Aussi, on est en droit de s’interroger sur l’avenir de ceux qui ont également besoin d’une prise en charge au sein des CMPP et qui ne sont pas atteints par ces troubles. Qu’est-il prévu pour eux ? (…) Enfin, il est regrettable que ce cahier des charges oublie la dimension relationnelle de la clinique et aille même jusqu’à réduire les éléments psycho-pathologiques, particulièrement lors de troubles neuro-développementaux, à des facteurs annexes modulateurs. Cette orientation risque de ne pas reconnaître, à hauteur humaine, la souffrance dans laquelle sont plongés ces patients, alors qu’il est nécessaire d’assurer une prise en charge ouverte à des pratiques pluridisciplinaires intégratives des données scientifiques et des expériences de terrain, à la hauteur des enjeux et des besoins et à l’écoute de toutes les souffrances psychiques, sans restriction ni réduction ».

En l’absence d’un cadre de travail déontologique qui respecte l’autonomie technique des psychologues et favorise une collaboration féconde avec le corps médical, nous sommes contraints actuellement d’appeler officiellement et médiatiquement l’ensemble des psychologues à ne pas participer à ce dispositif en l’état.