Communiqué – Convergence des psychologues en lutte (CPL)

Communiqué – Convergence des psychologues en lutte (CPL)

suite à la dépêche de l’APM du 5 décembre 2022 

La Convergence des Psychologues en Lutte (CPL) regroupant près de 40 associations et organisations dénonce l’autosatisfecit de Mme Schramm, responsable du service des prestations et des maladies chroniques à la CNAM, rapporté par la journaliste Julie Richard dans la dépêche du 5 décembre dernier de l’APM, concernant le dispositif MonparcoursPsy (ex-MonPsy). 

La CPL rappelle que ce dispositif est boycotté par 94% des psychologues libéraux et que l’organisation professionnelle citée dans la dépêche, impliquée dans la mise en place de ce dispositif, ne peut être à elle seule représentative de la profession. Les modalités de ce dispositif qui dénie l’accès direct à un psychologue et qui met en cause l’indépendance et l’autonomie du psychologue sont contraires aux principes du Code de déontologie et aux pratiques existantes. Par ailleurs l’articulation et la collaboration confraternelle des psychologues et des médecins opèrent naturellement dans le secteur libéral comme dans le secteur public et privé, et la prescription médicale ou l’adressage ne sont d’aucune utilité et sont inacceptables, car les psychologues, qui sont issus des sciences humaines, ne sont pas des paramédicaux et refusent toute forme de paramédicalisation. 

Mme Schramm précise que trois séances suffisent à la moitié des « patients ». Cela questionne autant sur la pertinence que sur l’adéquation d’un tel dispositif. La CPL rappelle notamment que la notion de troubles « légers à modérés » n’a pas de sens clinique. En effet, les psychologues dont c’est le métier d’évaluer la nature d’une souffrance psychique et de déterminer les modalités de traitement possibles savent qu’un trouble léger peut cacher une situation grave. Par ailleurs, le constat du court délai entre la consultation médicale et la sollicitation d’un psychologue, dont se satisfait Mme Schramm, évacue les personnes qui ne s’adressent à aucun médecin, et qui ne consulteront pas de psychologues si elles doivent confier d’abord leur situation à un médecin, ainsi que celles qui se trouvent dans des déserts médicaux. 

Les soins psychiques gratuits existent dans les services publics où les patients sont pris en charge par des équipes pluridisciplinaires. Le budget alloué à la mise en place du dispositif MonparcoursPsy aurait permis de créer environ 2000 postes pérennes de psychologues. Au lieu de cela l’asphyxie du service public s’accentue, le soin psychologique exporté est dégradé et les psychologues libéraux sont précarisés, avec une tarification indigne, sans dépassement d’honoraires, qui ne couvre pas les charges. Un travail à temps plein dans ces conditions génèrerait un revenu inférieur au SMIC, pour des professionnels de haut niveau de qualification et de compétence, et assumant une responsabilité conséquente.

Un soin « low coast » ne soigne personne et sa mise en place relève d’une hypocrisie mensongère. Bon nombre de personnes en situation de souffrance psychique, après ces quelques séances en libéral, se tourneront à nouveau vers le service public où ils devront patienter encore dans une file d’attente interminable. Notons enfin le désengagement des mutuelles du fait de ce dispositif scandaleux : alors que la plupart d’entre elles remboursaient intégralement entre 4 et 10 consultations de psychologues pour tous leurs adhérents, soit 240 à 600 euros pour tous, elles ne donnent dorénavant que 96 euros pour 8 consultations, et pour à peu près personne ! 

Depuis la crise Covid, l’État chante le rôle essentiel des psychologues qui pourtant ne sont pas mieux lotis dans le service public où ils sont maintenus dans des conditions de travail et d’accueil lamentables (files d’attentes de plusieurs mois, tri des patients), et se retrouvent en situation de décrochage salarial, avec un salaire désormais en deçà du salaire infirmier malgré un bac+5. La maltraitance des psychologues n’est que l’envers de la maltraitance des citoyens en situation de souffrance psychique. 

Par des communiqués, des manifestations et des grèves inédites pour la profession, celle-ci a fait savoir son rejet du dispositif MonparcoursPsy mis en place sans réelle concertation et qui trahit l’ignorance des pouvoirs publics quant aux métiers des psychologues et aux besoins de la population. 

La Convergence des Psychologues en Lutte exprime sa totale opposition à ce dispositif et réclame son retrait, ainsi que celui de tous les dispositifs construits sur le même modèle. Elle demande qu’un vrai débat soit engagé sur la question de la prise en charge par la collectivité des soins psychiques proposés par les psychologues, dans le respect de la profession et des besoins de la population. 

La Convergence des Psychologues en Lutte 

5 janvier 2023