La revue du SNP

[publié le 22/04/2016]

P&P n°243-244 : Adolescence (avril 2016)

Acheter la revue

 

Télécharger un article du dossier

 

Voir le sommaire

 

L’adolescence ! Age de tous les possibles... âge de tous les excès... âge des transformations multiples… l’adolescence qui critique notre société... qui questionne le lien social... Projeter un dossier sur l’adolescence nous a tout de suite confrontés à ces facettes multiples. Nous pensions en connaitre quelque chose ! Mais nous avons vite vérifié ce que nous avancions dans l’appel à contribution : nous avons toujours un temps de retard sur l’adolescence... nous pensions en avoir compris et saisi quelque chose et déjà nous la découvrons autre, pleine d’inventivité, réactive aux évènements, foisonnante d’idées, de valeurs marginales, transitoires. Des auteurs ont relevé le défi pour nous livrer leur regard sur cette période, parler aussi de leurs pratiques, de leurs découvertes, de ce qu’ils osent proposer à ces jeunes fermés, réticents, vides ou pleins de colère, qui cherchent parfois dans la transgression et la violence des preuves d’existence, d’amour, d’attaches...

 

Couverture P&P243-244Bien sûr l’adolescence est un âge de la vie qui n’a pas toujours existé, ni été repéré, même dans notre culture. Mais avec Jean-Claude Quentel nous reconnaîtrons que tout homme est amené à sortir de son enfance. Cela ne se fait pas sans bruit et sans douleur et plusieurs auteurs insisteront sur cette interminable transition du statut d’enfant/mineur dépendant à celui de jeune/adulte responsable… Ce passage semble s’éterniser du fait d’un contrat social perverti, d’injonctions parentales souvent paradoxales. L’adolescence évoque alors pour Jean-Claude Quentel un processus identitaire tout autant qu’un bouleversement pulsionnel vers une sortie de l’enfance.

 

Deux auteures Olivia Benhamou et Clotilde Perrève, confrontées aux difficultés de jeunes en crise grave dans leurs liens familiaux, ont choisi de travailler l’une avec le père et son fils, l’autre avec la mère et sa fille. L’écoute familiale de l’adolescent, révolté ou inhibé, propose un contenant là où tout n’est plus qu’éclat ou vide. Ce père comme cette mère seront amenés à s’impliquer justement pour que les jeunes se décollent, s’autonomisent psychiquement. Repérer ce qui vous lie avant que de pouvoir s’affranchir des liens qui empêchent d’avancer !

 

Avec Frédéric Guinard, nous approchons d’un côté, le vide, l’inhibition, la sidération qui se donnent souvent à voir chez l’adolescent, de l’autre, le vécu transférentiel, particulièrement difficile pour le thérapeute dans ces situations. Celui-ci est d’abord déstabilisé et désarmé face à une jeune fille qui n’évoque RIEN surtout pas le trop plein souvent à l’origine de son désarroi. L’analyse transactionnelle et les médiations apparaitront comme des perspectives thérapeutiques possibles, contenants favorables à la réassurance du sujet.

 

La radicalisation constitue une des formes d’expression de la crise adolescente. Les jeunes ont toujours été tentés de s’engager pour des causes extrêmes : partis politiques, sectes, bandes armées ou non. Serge Tisseron, bien conscient que générosité et altruisme ne se développent pas spontanément au cours de l’adolescence, cherche comment construire l’empathie chez les jeunes. Il considère, en effet, l’empathie comme essentielle pour lutter contre la radicalisation. Ne pas se confondre avec l’autre, identifier les émotions d’autrui, comprendre l’état mental de l’autre, accéder au sens de la réciprocité. « Si l’enfant, écrit Tisseron, n’a pas été encouragé à penser la multiplicité des points de vue, il risque d’être plus tard tenté par les offres politiques ou religieuses radicales »...

 

Avec Cindy Duhamel, nous prendrons la mesure de la révolte de certaines jeunes et tenterons de comprendre cette actuelle islamisation de la radicalité selon l’expression d’Olivier Roy. Cindy Duhamel évoque le suivi d’une jeune fille, en milieu ouvert, dans le cadre de la Protection judiciaire de la jeunesse. Elle pose les jalons d’une lecture psychologique souvent mise de côté, au profit d’une lecture de ce phénomène massif qui touche la jeunesse. Saisir les enjeux et les processus à l’œuvre. Tenter de comprendre ces jeunes en rupture de ban, en rupture générationnelle avec les parents et ce qui les attire vers la radicalité. Nous suivons l’accompagnement pluridisciplinaire de la jeune et de sa famille pour essayer d’enrayer le risque de départ et d’aider le juge dans sa décision avec un éclairage psychologique. A travers cette vignette clinique, la psychologue met en lumière une dynamique intra psychique et familiale dont va se nourrir le processus de radicalisation. L’engagement dans une cause extrême en vient à constituer un habit (le djihab) qui devrait permettre d’éviter conflictualité et angoisse ...

 

Changement de registre avec Renaud Evrard ! À propos de l’histoire des vilaines petites filles, il esquisse la fresque de ces adolescentes qui depuis la fin du XIXe siècle interrogent leur entourage (et intriguent les savants) à travers des conduites hors-normes : spiritisme, médiumnité, pratiques occultes… Son analyse aboutit au constat, entre fiction et réalité, que les manifestions paroxystiques, hystériques ou mystiques chez des jeunes filles restent tout aussi difficiles à élucider dans l’actualité du XXIe siècle, et surtout à accompagner ou soulager « au delà, comme le précise l’auteur, des apparences et des mystères du féminin ».

 

Alvaro Alarçon, devant cette adolescence qui n’en finit plus, analyse la difficulté de certains jeunes adultes qui trouvent difficilement un chemin pour accéder à une vie professionnelle. Il proposerait volontiers de reconsidérer ces adolescences inachevées comme un moratoire, un arrêt au cours duquel ces jeunes peuvent être amenés à mettre au travail d’abord et avant tout « le sillon de l’échec » où ils sont empêtrés pour accéder peut-être, avec la compréhension accrue de leurs comportements, à une insertion professionnelle qui marque la fin de leur état de jeunesse.

 

C’est justement la question de Chantal Masquelier quand elle évoque « la curiosité comme moteur de croissance » dès le plus jeune âge et particulièrement à l’œuvre dans le passage adolescent où il s’agit de lâcher le connu pour aller vers l’inconnu. « Balancement entre la tendance à s’accrocher à la sécurité et le désir risqué d’affronter le danger ». Alors naît l’angoisse qui colore, perturbe ou freine la curiosité, pourtant là, sous-jacente. Au décours de deux vignettes, les adolescentes en font diversement l’expérience dans cet accompagnement thérapeutique qui stimule les ressources inconscientes et soutient le désir de la découverte.

 

Chacun, rappelle Quentel, ne peut envisager cette rencontre avec le jeune que « dans la dénonciation des contradictions et paradoxes de la société». Nous n’en resterons donc pas là dans nos investigations adolescentes. Un second dossier complètera, en juin, cette première approche : dans ces moments d’errance, les jeunes sont particulièrement confrontés à la difficulté de se projeter dans un avenir scolaire ou professionnel, à l’effraction de leur libido, parfois à un blocage sidérant et invalidant, ou à des positions hystériques, paroxystiques ou mystiques. Nous explorerons alors les dispositifs de groupe qui doivent souvent être privilégiés au face à face difficilement supportable à l’adolescence...

 

Marie-France Jacqmin

 

Acheter la revue

 

Télécharger un article du dossier

 

Voir le sommaire



> Tous les articles

Adhérer

Acheter la revue

Télécharger un article

Trouver un psychologue

Contact