La revue du SNP

[publié le 10/04/2015]

P&P n°238 : Psychologue du travail à l'épreuve du terrain (avril 2015)

 

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Forte de 100 ans d'histoire, la psychologie sociale du travail et des organisations s'est développée à l'intersection de la recherche et de la pratique, selon les évolutions socioéconomiques. Alors qu'aux USA la psychologie industrielle, visait le rendement et la performance "the right man at the right job", en France, la psychologie du travail, avait pour objectif, par l'analyse psychologique du travail sur le terrain, d'adapter le travail à l'Homme.

Suite à l'importation des méthodes de la psychologie sociale américaine dans les années 50, de nouvelles pratiques se sont déveoppées qui associaient enseignement dans les universités et interventions dans les entreprises (recherche-action), basées sur une nouvelle conception du facteur humain.

A cette époque, le contexte économique change et le groupe social des cadres émerge avec de nouveaux styles de commandements basés sur l'écoute, la compréhension, la prise en compte des affects, la dynamique des groupes...

A partir des années 60, on observe un détournement des apports de la psychologie sociale dans les entreprises davantage tournées vers leurs intérêts propres que vers les individus. Dans les années 80-90, les pratiques de conseil et formation, soumises à des impératifs de rentabilité, perdent la perspective de recherche, la distance critique et le caractère réflexif propres aux psychologues, praticiens-chercheurs.

L'introduction de la gestion des ressources humaines (GRH) marque un glissement des méthodes de la psychologie sociale et impose une vision et une logique souvent à court terme dans les entreprises, une tendance à l'individualisation des problématiques organisationnelles, avec des méthodes de gestion et des techniques de management qui se révèlent être des facteurs de risques psychosociaux. L'inscription des RPS dans la loi est bien le signe d'une détérioration massive des milieux du travail.

De nos jours, nous assistons à un changement de paradigme. Bien que l'objectif officiel soit de mobiliser le collectif pour améliorer la Qualité de vie au travail (QVT), nos observations sur le terrain montrent qu'il s'agit plutôt de déplacer à nouveau la problématique : en évitant de parler de risque, les entreprises peuvent s'affranchir des compétences des spécialistes que sont les psychologues ; passer de la notion de risque à la notion de QVT conduit parfois à proposer deux pots de fleurs en guise d'action de prévention... des risques psychosociaux! On comprend mieux la montée de la souffrance au travail constatée au quotidien par les professionnels.

 

Respecter et faire respecter l’autonomie de la personne, favoriser le développement durable des ressources humaines et celui des organisations, telle est la mission du psychologue du travail et des organisations. Ce professionnel concourt à résoudre les problèmes professionnels, sociaux ou personnels de l’individu par une relation d’aide enrichie d’une compréhension clinique (psychologie du counseling). Il permet à la personne de mieux se réaliser dans son poste de travail grâce à la formation (développement des compétences) et l’aménagement des postes de travail, en s’appuyant sur la psychosociologie des organisations. Mais les apports du psychologue visent aussi la promotion du dialogue social, la (ré)instauration du respect mutuel direction/partenaires sociaux/employés..., l’amélioration du climat social (médiation et formations amenant à développer des compétences psychosociales) et l’amélioration qualitative du management (formation à la psychodynamique de groupe, à la cohésion d’équipe, à la gestion des conflits...).

Le psychologue intervient en fonction de la diversité des individus et des situations, fort de ses engagements déontologiques et de sa rigueur conceptuelle et méthodologique, dans un objectif constant de justesse et d’adaptation, que ce soit dans les domaines du recrutement, de la gestion des ressources humaines, de la formation, de l’ergonomie, de la communication, du développement et du conseil organisationnel ou de la prévention des risques psychosociaux. Ses compétences, sa capacité d’analyse, sa vision systémique de l’organisation, la flexibilité de son approche, son aptitude à alterner entre des fonctions d’expertise et d’accompagnement permettent au psychologue du travail et des organisations d’exercer différents rôles : expert-conseil, formateur, animateur de réunion, consultant, coach… il est à même de travailler avec des employés opérationnels, des managers et leurs subordonnés, des gestionnaires ou des équipes de direction.

Mais notre profession reste mal repérée. Cette méconnaissance par le public et les différents acteurs de l’entreprise ou institutions, apparaît encore souvent, par exemple lorsque des entreprises font appel à nous en urgentistes, parfois sur les recommandations de médecins du travail, pour intervenir en pompiers  au lieu de nous solliciter de manière préventive. Quand comprendront-ils qu’il faut privilégier la prévention au curatif, même si le psychologue sait travailler dans ces deux champs !


Aussi, dans un contexte général difficile d’individualisme croissant et de contraintes toujours plus fortes, l’exercice du psychologue du travail devient de plus en plus ardu. Que l’âge d’or des services de psychologie du travail est loin. Malgré le recrutement récent de psychologues du travail dans les Fonctions publiques ou l’introduction officielle de la profession, en 2013, dans la convention collective des SSTI, les psychologues se trouvent confrontés, dans le champ du travail, à des situations qui génèrent aussi chez eux une souffrance : des psychologues en risque psychosocial !


Pourtant c’est avec cœur que les psychologues du travail exercent leur art quotidiennement au sein des organisations, qui bénéficient alors de la richesse de leurs compétences et expérience, de leur humanité et de leur déontologie ; c’est ce qu’ils souhaitent partager avec vous dans ce dossier.

« Dis maman, c’est quoi ton métier ? » A travers la réponse faite par Delphine Deguerne à sa fille, nous découvrons son quotidien de psychologue du travail en exercice libéral, si riche et si varié ! Elle évoque entre autres l’utilisation des outils du psychologue, donnant notamment l’exemple des tests en ligne et de leur utilisation par des non psychologues. Rappelons qu’aucun automate ne peut remplacer un expert lorsqu’il s’agit d’interpréter un test de personnalité ; un progiciel n’est qu’un outil : il ne vaut que par la démarche qui l’accompagne. Michel Cambra témoigne aussi de la complexité de l’exercice de la profession. Sylvie Trinquier, forte d’une longue pratique, nous présente les différents niveaux d’interventions en entreprise, de la prévention à la réparation tandis que Pierre-Eric Sutter partage avec nous un cas pratique d’intervention au niveau primaire, exemple de diagnostic et de conseil organisationnel appuyé sur des idées innovantes dans son laboratoire de recherche. Claude Lemoine, professeur émérite de Psychologie du travail et des organisations, également président de l’AITPLF, fait une présentation de la profession, de ses champs d’interventions et de compétences à travers son article Psychologue du travail et des organisations : une profession scientifique, humaniste et dynamique. Clément Charpentreau, doctorant en psychologie du travail nous présente l’étude, qui fait l’objet de sa thèse, sur la profession officiellement introduite en France dans le cadre du développement de la pluridisciplinarité en services de santé au travail (SSTI) alors que Carole Michiels, psychologue senior en SSTI, ayant une longue expérience de consultante, témoigne de sa pratique quotidienne dans un tel service et de la réussite du travail en interdisciplinarité, quand chaque professionnel comprend et respecte la spécialité de l’autre. Enfin pour conclure ce premier dossier, Patrick Cohen, directeur du CRIP, défend la plus value du psychologue du travail à travers son article Spécificité de l’intervention du psychologue dans l’accompagnement des problématiques institutionnelles  et nous propose une réflexion sur l’éthique et la posture particulière à tenir, dans un entre-deux (ni pour ni contre l’individu ou l’entreprise, mais avec l’un et l’autre), garantes de la qualité et du succès de ses interventions.


Dans un prochain dossier, nous vous proposerons d’autres analyses, pratiques et témoignages, car malgré toutes les difficultés rencontrées, les auteurs le répètent à l’envi, que cette profession est passionnante ! Et quel plaisir de l’exercer !

Et maintenant, place aux auteurs ! Bonne lecture à tous !

 

Isabelle Wijers

Secrétaire de la commission nationale Champ du travail  

Présidente de l’Association des psychologues du travail et des organisations PACA, PSYTOPACA  

Dirigeante de ACT WELL, cabinet de conseil et formation à Sophia -Antipolis 

 

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