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[publié le 20/06/2014]

P&P 234 : Psychothérapies, médiations corporelles, acte créateur (juin 2014)

 

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couv235Un dossier intitulé "Psychothérapies, médiations corporelles, acte créateur" dont nous vous livrons ici l'introduction.

À l'origine, le dossier qui vous est présenté était une carte blanche autour des pratiques de  psychologues qui sortaient du chemin classique. Aujourd'hui, nous constatons qu'elles confluent toutes vers un point commun : un passage par le corps.

Lieu du toucher qui peut aussi devenir lieu interdit en référence à la loi, avec la prohibition de l’inceste ou par exemple, pour certaines professions quand toucher le corps n’est pas autorisé, ce corps est aussi le lieu où s’origine la parole. Corps-lieu qui va permettre la rencontre de l’interne et de l’externe par ses différentes productions : le sang, la sueur, l’urine, le souffle. Ce souffle se transformera, au fur et à mesure du développement, en sons puis la parole prendra place et délimitera, elle aussi des frontières, des enveloppes. La personne pourra s’autoriser ou non à faire sortir, à articuler sa parole.

Notre profession nous montre combien des paroles retenues, empêchées, ont de conséquences tant sur le corps que sur le psychisme. Quand l’individu ne peut pas extérioriser son malaise, son mal-être, quand un trop plein se fait sentir, quand le corps ne peut plus agir comme un filtre, qu’il en devient empêchant, souffrant, il peut ne plus être un partenaire de vie mais celui qui met des freins : autant de signes, de symptômes avant d’arriver à l’état de maladie. L’être physique n’est pas détaché de l’inconscient, il en est le véhicule.

Cet état, quand le corps dit la maladie, sonne l’alerte pour le sujet qui prendra peut-être la décision de remédier à cette situation et consultera le médecin et/ou un professionnel de la vie psychique. Avec certains de ces patients, les méthodes et techniques que les psychologues ont apprises à l’université ne suffisent pas ou ne sont pas probantes. Travailler autrement s’impose alors…

Comment, dans ce cas, accéder avec le patient à ses mémoires, à ses souvenirs enfouis ? Des médiations artistiques comme la musique, la peinture, la sculpture, les collages, les marionnettes peuvent nous accompagner dans ce cheminement avec le patient. Le psychologue peut-il alors s’autoriser à regarder, à écouter autrement, via le corps, et devenir créateur ? Pour cela il doit acquérir des techniques, des méthodes en lien avec la médiation proposée.

Que ces médiations se vivent en individuel ou en groupe, des règles sont à respecter pour former un cadre thérapeutique où transfert et contre transfert prendront place et permettront, avec le patient, un travail sur le sens. Des matériaux, issus de l’intérieur de lui-même, vont devenir quand ils seront mis au grand jour des créations. Ses créations.

Je persiste à penser que, pour advenir et se développer, le vivant a besoin de créer. Si les multiples facettes du métier de psychologue s’exercent dans des lieux toujours plus divers avec des populations toujours plus variées, le professionnel peut aussi élargir sa palette de compétences avec des médiations qu’il s’approprie en tant que clinicien.

Certaines universités comme celle de Lyon proposent un enseignement et des recherches sur les médiations. Une question s’impose particulièrement pour les médiations artistiques : suffit-il qu’un artiste travaille avec un groupe de patients pour faire acte thérapeutique, ou la pratique doit-elle être proposée uniquement par des psychologues formés à ces techniques ou par des art-thérapeutes ?

Des réponses dans ces textes...

Deux séries d’articles vont se croiser : avec des auteurs pour qui le corps physique dans ses différentes composantes est médiation vers le corps psychique : au travers du psychodrame psychanalytique et des « médiations corporelles » pour Jacques Borgy, du souffle nommé rebirth pour Madeleine Cord, qui va permettre de rencontrer l’archaïque et l’infantile du sujet. Le souffle, les sons, vont se retrouver aussi dans les textes d’Emmanuelle Carasco avec qui nous découvrirons une facette de la musicothérapie puis dans le mien où le souffle-voix se fait traducteur de la rencontre des mémoires archaïques pour le sujet. Nous découvrirons un autre versant avec Adeline Monjardet qui interroge l’acte créateur pour qu’il accède à un acte thérapeutique ; ici, la réalisation passera par un atelier de marionnettes.

Avec Annette Desclaux, les collages ouvriront la porte de l’artistique vers le thérapeutique avec le découpage du temps et des images.

Nous avons été touchés par l’engagement de Joëlle Sebastia dans l’écriture de son texte qui nous transmet son expérience avec le théâtre.

Nous avons eu l’envie de publier parmi les auteurs psychologues, un texte de Daphné Rotmensz, art-thérapeute. Nous vous proposons à travers son atelier de médiation artistique de saisir, de voir que si le métier d’origine n’est pas le nôtre, quand les formations tant personnelles que techniques sont présentes, elles ouvrent à un possible travail thérapeutique.

L’expression « passerelles psychiques » que Pierre Gaudriault nous propose ne serait-elle pas la traduction de ce que sont toutes les médiations thérapeutiques entre corps physique et corps psychique ?

J’ai souhaité la publication d’un témoignage : celui d’une artiste peintre sculpteur Béatrice Pécout dont le métier s’il est de créer, est aussi de produire des actes créateurs en permanence. Que pouvait évoquer pour elle le titre de notre dossier : psychothérapies, médiations corporelles, acte créateur ?

Merci à tous et toutes d’avoir contribué à nourrir notre réflexion et notre imagination, nous vous souhaitons une lecture créatrice.

 

Marie-Josée Nivet

 

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